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Fromages de chèvre fermiers de Nouvelle-Aquitaine & Vendée

Années 1970 : la spécialisation

L’ELEVAGE DE CHEVRES EN POITOU-CHARENTES ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ DE 1970 À NOS JOURS

L’effectif caprin mondial est de 710 millions de têtes. Les caprins sont concentrés dans les pays en voie de développement où ils exploitent les milieux naturels les plus défavorisés grâce à des capacités d’adaptation biologique exceptionnelles. L’Asie et l’Afrique détiennent à eux seuls respectivement 61% et 29 % de cet effectif mondial, dont la majorité est élevée pour la production de viande. Dans ces pays, les chèvres participent largement à la survie des populations locales, et leur nombre y progresse régulièrement.

Inversement, dans les pays dits développés, elles sont en régression depuis près d’un siècle. Le cheptel européen représente 2% du cheptel mondial mais il produit 14% du lait de chèvre. L’autosuffisance alimentaire de ces pays explique l’abandon progressif de cet élevage. Paradoxalement, la région Poitou-Charentes, première région caprine en France, a multiplié par 2,5 fois sa population de chèvres entre 1955 et 1980.

La France se situe au cinquième rang mondial pour sa production de lait de chèvre. Elle détient 9% des effectifs caprins d’Europe mais produit 32% de la production laitière européenne. Plus de 50% du lait de chèvre français est produit en Poitou-Charentes et 31% en Deux-Sèvres.

C’est une mini révolution des techniques d’élevage en trente ans qui autorise aujourd’hui ce leadership du Poitou-Charentes. La filière caprine régionale s’est structurée et les gardiennes de chèvres ont laissé la place à des exploitations performantes et adaptées au contexte socio-économique. Cette logique du développement agricole, des techniques d’élevage et de la productivité humaine mise en place par les agriculteurs, est le fruit d’une politique agricole, notamment des lois d’orientation de 1960 et 1962, dont les objectifs étaient d’assurer l’autonomie alimentaire du pays et la parité de revenu avec les citadins.

Des annees 1970 a nos jours : d’une activite de diversification a une activite specialisee

Au niveau national, le début de cette période voit une profonde mutation de l’économie agricole qui a fait passer l’exploitation d’un système de polyculture-élevage relativement autarcique, à sa pleine intégration dans une économie de marché. Organisé au niveau national, le progrès technique en agriculture est alors permis par la mise en place de la recherche et du développement agricole. Parallèlement, la baisse des prix agricoles et la raréfactions de la main d’œuvre dans les exploitations ont induit des gains importants de productivité humaine et de spécialisation des exploitations. Celles ci se spécialisent dans une seule voire deux productions pour atteindre la meilleure technicité possible, avec la meilleure productivité du capital investi et du travail.

Au niveau régional, le développement de la production caprine est permis à cette époque par la conjonction de plusieurs paramètres socio-économiques :

  • un marché en expansion : il y a pénurie de lait de chèvre dans les entreprises laitières et sur le marché de la consommation.
  • un tissu d’entreprises laitières industrielles, principalement sous statut coopératif, présent dans la région : l’infrastructure de transformation laitière est dense sur l’ensemble du territoire régional. On comptait encore 18 laiteries en Poitou-Charentes en 1978, dont 17 entreprises coopératives.
  • une tradition fromagère et un savoir faire technologique : les industriels de la transformation laitière maîtrisent depuis quelques années la technique de report d’une partie du lait de chèvre collecté au printemps pour être transformé en automne et en hiver. Le ramassage du lait de chèvre dans les fermes est donc ininterrompu dans l’année. L’éleveur n’a plus a se préoccuper de la commercialisation de ses produits.
  • la présence de chèvres dans une exploitation sur trois en Deux-Sèvres en 1970. Elle facilite l’installation ou l’agrandissement des ateliers caprins :
  • grâce à un prix du lait de chèvre attractif pour les éleveurs.
  • le rapport (prix lait de chèvre / prix lait de vache) =(0.84 F/l / 0,51 F/l) = 1,64, soit un prix du litre de lait de chèvre 60% plus cher que le litre de lait de vache.
  • par l’acquisition plus aisée d’un troupeau de chèvres qui représente un capital modeste pour les éleveurs.

Les orientations techniques empreintées ultérieurement par les éleveurs caprins prennent racine dans ce contexte originel. La recherche d’optimisation de l’efficacité technico-économique de l’élevage s’est renforcée au fil des années avec la technicité des éleveurs, le recours à la sélection génétique, la construction de bâtiments fonctionnels et la maîtrise d’une alimentation concentrée.

Les progrès du machinisme agricole ont également autorisé l’élévation de la productivité humaine du travail. La machine à traire, notamment, a considérablement amélioré la cadence de traite ainsi que les conditions de travail des éleveurs. Elle a déplafonné la dimension des cheptels à plus de 50 chèvres. De même, la révolution fourragère a permis cette intensification de l’élevage caprin en particulier, et de l’agriculture en général.

Ce développement de l’agriculture caprine productiviste a connu de belles années d’euphorie technique et économique.

POITOU-CHARENTES : UN LEADERSHIP NATIONAL RECENT

En 1970, le cheptel caprin de Poitou-Charentes comptant 218 200 animaux et 23,6 % des effectifs nationaux était placé en deuxième position après la région Rhône-Alpes qui détenait alors 26,7 % des chèvres (cf. tableau 2). Ces positions s’inversent dans les 10 ans qui suivent et, en 1980, la région compte 368 600 caprins soit une augmentation de près de 70 % en dix ans. C’est en 1990 que le Poitou-Charentes a détenu le plus de chèvres avec 418 400 caprins, et 33,8 % du cheptel national.

Tableau 2 : Evolution du cheptel caprin en France

ANNEES 1955 1965 1970 1980 1990 2000
REGIONS Total caprins % Total caprins % Total caprins % Total caprins % Total caprins % Total caprins %
POITOU-CHARENTES

Dont Deux-Sèvres

147000

68000

11,4

5,3

244000

150800

24

14,9

218200

120000

23,6

12,9

368600

200000

29,7

16,1

418400

246000

33,8

19,8

382600

237000

32,3

20

RHONE-ALPES 323000 25 270000 26,6 247500 26,7 228300 18,4 167400 13,5 160400 13,5
CENTRE 137000 10,7 148000 14,6 143400 15,5 137500 11 146800 11,8 144300 12,1
AUTRES REGIONS 673000 52,5 352000 34,7 324900 35 507000 40,8 503700 40,7 497200 41,9
TOTAL France 1280000 100 1014000 100 924000 100 1241400 100 1236300 100 1184500 100

Source : Agreste - SAA
Des conditions agro-climatiques régionales favorables à la production caprine

Les potentialités agro-climatiques du Poitou-Charentes sont très distinctes des autres régions caprines françaises. De façon générale, les zones géographiques à fortes populations caprines sont caractérisées par des conditions pédo-climatiques défavorables à l’agriculture. Au contraire, en Poitou-Charentes, les possibilités de culture de nombreuses plantes fourragères sur des sols agronomiquement riches ont autorisé l’intensification de l’alimentation des chèvres. Cette orientation agricole s’est traduite par la pratique plus rapide du zéro pâturage avec l’accroissement de la taille des cheptels. De même, ces conditions expliquent également le succès du maïs ensilage dans la région. Les éleveurs ont recherché son haut potentiel fourrager et sa richesse énergétique. Ces choix n’auraient pu être faits dans d’autres régions françaises ou des adaptations différentes et intégrées ont été prises par les éleveurs.

Evolution de la collecte de lait de chèvre

Dès 1980, le Poitou-Charentes collecte plus de 130 millions de litres de lait de chèvre et plus de 160 millions en 1990. La région est leader national. Toutefois sa prépondérance nationale s’érode au fil des années. En 2000, elle collecte 50,9 % du lait de chèvre national.

Tableau 3 : Evolution de la collecte de lait de chèvre

Années Collectes France

(millions litres)

Collectes Poitou-Charentes

(millions litres) (% France)

Livraisons Deux-Sèvres

(millions litres)

1960

1966

1969

1975

1980

1985

1990

1995

2000

127,8 (1)

113,0

105,0

153,0

205,0

182,8

256,1

271,8

327,0

40,7 (1)

51,5

64,4
107,1

135,9

126,8

167,0

155,3

166,7

31,8 (1)

45,5

61,3

70

66,3

69,3

65,2

57,1

50,9

23,0 (1)

30,5

39,4

59,5

77,7

72,3

96,0

92,8

93,4

Source : Agreste – EAL

en 1960, lait utilisé pour la fabrication de fromages

Structure des élevages : entre adaptation et révolution

On observe au niveau régional une érosion forte du nombre de livreurs de lait de chèvre en 30 ans, corrélée à une progression régulière du lait livré par exploitation.

Quant à la taille des cheptels, en 1978, 90 % des troupeaux caprins en Deux-Sèvres détenaient moins de 50 chèvres. En 1995, ce pourcentage est tombé à 27 %. La taille moyenne des cheptels caprins est ainsi passée de 23 chèvres en 1978, à 44 en 1988 puis 125 chèvres en 2000 (cf. tableau 4).

On mesure au travers de ces quelques chiffres le niveau d’intensification technique et de spécialisation, mais également de désertification qui se sont opérés dans nos campagnes ces trente dernières années.

Tableau 4 : Evolution du nombre de livreurs de lait de chèvre dans la région Poitou-Charentes et de la taille des troupeaux caprins en Deux-Sèvres entre 1968 et 1998.

Années Livreurs Région Deux-Sèvres
   Livraisons (hl)  
 Région Deux-Sèvres  
Livraison/livreur en Deux-Sèvres (litres/an) Taille des cheptels en Deux-Sèvres
1968-616 400 378 400--
1978 - 5 4301 113 600 750 00013 80023
19885 668 2 8161 412 000 818 00029 05044
19982 095 1 1531 659 400 1 012 70086 820125

Source : Agreste - SAA"